Leo Perutz (1882-1957) naquit à Prague dans une famille juive d'origine espagnole. Statisticien de formation, employé dans la même société d'assurances que Franz Kafka, son cadet d'un an, Leo Perutz s'installa à Vienne jusqu'à l'Anschluss, pour émigrer ensuite en Palestine. Ses romans historiques, qui baignent dans une ambiance entre le fantastique et l'étrange, faisaient l'admiration d'un Luis Borges. Après l'immense succès qu'il connut en Allemagne dans l'entre-deux guerres, de même qu'en France, à un moindre degré, il tomba peu à peu dans l'oubli avant de renouer avec la gloire littéraire dans les années 80, en particulier en France, où la totalité de son oeuvre a été traduite en quelques années.

Traductions de Jean-Claude Capèle


Et encore, par d'autres traducteurs :







TURLUPIN
Paris, novembre 1642. Le cardinal de Richelieu, dont les adversaires sont plus résolus que jamais, s'apprête à frapper un coup qui devrait pour longtemps briser l'arrogance de la noblesse il n'est bruit que du "grand jeu de volant de M. de Saint-Chéron " - et des dix-sept mille têtes qui vont tomber ce jour-là. Mais le destin, qui suit son propre chemin, en décidera autrement. Grâce à un bouffon, le perruquier Turlupin, qu'un jeu de circonstances cocasse mènera à une fin tragique, la vieille France vouée à la mort triomphera une fois de plus des idées d'un temps nouveau. Roman picaresque, burlesque, fantaisie historique obéissant aux règles du feuilleton, Turlupin (1923) arbore des couleurs de genres bien innocents. Mais qu'on ne s'y trompe pas à l'instar d'Arthur Schnitzler, l'un de ses maîtres, Perutz, écrivain constructiviste, ne déploie tant d'attraits - humour, suspense, jeux de style - que pour mener le lecteur au cœur de sa réflexion - en l'occurrence une méditation désabusée sur le sens, ou plutôt le non-sens, de l'histoire.


LA NEIGE DE SAINT PIERRE
Le 2 mars 1932, Georg Friedrich Amberg, jeune médecin récemment engagé par le baron von Malchin pour soigner les paysans de son village de Morwede, émerge d'un long coma dans un hôpital d'Osnabrück en Westphalie. A peine les terribles événements des cinq dernières semaines lui sont-ils revenus en mémoire qu'il s'enquiert, auprès de l'infirmière et du médecin-chef, du baron, de Bibiche, sa bien-aimée menacée de mort, de la révolte, mais on lui rétorque qu'il divague, qu'il a tout simplement été renversé par une voiture. Or Georg reconnaît parmi les infirmiers les protagonistes du drame qu'il a vécu à Morwede...
Cauchemar? Délire? Conspiration? Étayés par la structure " policière " du récit, les thèmes chers à Perutz ne tardent pas à apparaître : manipulation de l'Histoire, précarité de la frontière entre raison et folie, aveuglement de l'homme qui cherche à faire et à comprendre sa propre histoire.
Fable trop transparente en pleine ascension du nazisme, la Neige de saint Pierre, œuvre d'un écrivain juif, fut interdite peu après sa sortie en 1933.


LA NUIT SOUS LE PONT DE PIERRE
Lorsqu'au cœur de la nuit, sous le pont de pierre de la Moldau, la fleur du romarin se blottit contre la rose rouge, au château de Prague, la belle épouse du juif Mordechai Meisl s'endort dans les bras de l'empereur. Elle ne sait comment elle est venue la', il ne sait qui l'a amenée: un charme plus puissant que toutes les puissances de ce monde les retient prisonniers...
Dans son " roman de Prague " - quatorze tableaux reliés entre eux par un subtil jeu de leitmotive et de contrepoints - Leo Perutz ressuscite avec une maestria digne des kabbalistes qu'il met en scène la capitale de la Bohème et du Saint Empire au début du XVIIe siècle - ville double où, à l'arrogance du " château ", aux coûteux caprices d'un empereur amoureux de ses songes et aux intrigues de ses secrétaires, valets, bouffons, astrologues et alchimistes, répond et s'oppose la piété de la pittoresque " cité juive ", fief du richissime Mordechai Meisl. Entre ces deux villes, entre ces deux hommes, aucun lien apparent, et pourtant...


LA TROISIÈME BALLE
En 1519, Fernand Cortez marche sur Tenochtitlan, l'actuelle Mexico, et obtient la soumission de l'empereur Montezuma. Si le conquistador parvient à s'emparer du trésor des Aztèques, non seulement tout le Nouveau Monde mais une grande partie de l'Europe vont tomber sous la coupe, de Charles Quint, c'est-à-dire de l'Espagne et de l'Eglise catholique. Un seul homme peut encore renverser le cours des événements: le rhingrave Grumbach, Allemand luthérien prêt à s'allier au Diable pour combattre l'inquisition abhorrée. Or Grumbach ne dispose que d'une arquebuse et de trois balles: il destine l'une à Cortez, l'autre au duc de Mendoza, qui a enlevé sa bien-aimée, la jeune Indienne Dalila ; quant à la troisième...
En relatant l'épopée de Cortez, Leo Perutz, dans ce roman baroque écrit en 1915, alors qu'il se remet d'une grave blessure reçue au front, inflige à l'Histoire la première de ces égratignures ou "alternatives ", reflets d'un scepticisme historique profond, qui, jointes à une véritable science de la composition et à une certaine jubilation de l'écriture, signeront toutes ses œuvres à venir.


LE MAÎTRE DU JUGEMENT DERNIER
Vienne, 19O9. Au cours d'une soirée de musique de chambre organisée par sa femme Dina, le célèbre acteur Eugen Bischoff trouve la mort dans des circonstances mystérieuses. Suicide provoqué ? Meurtre déguisé en suicide? Très vite, les soupçons se portent sur le baron von Yosch, homme froid, calculateur, et pourtant bizarrement rêveur, dont chacun sait qu'il est éperdument amoureux de Dina. Mais l'enquête menée secrètement par Solgrub, ami du baron comme de Bischoff, bascule brusquement dans l'irrationnel, car le meurtrier n'est pas un être de chair et de sang, mais une chose infiniment plus terrifiante, Innommable, qu'il faut aller traquer jusqu'aux sources de la Renaissance italienne - à moins qu'il ne s'agisse que d'une savante mystification, produit d'un cerveau plus machiavélique encore que celui de l'auteur...
Le plus fantastique des romans de Leo Perutz, celui, aussi, que Borges admirait le plus, le Maître du Jugement dernier fouille de sa stridente lumière rouge les labyrinthes les plus secrets de la psyché humaine ceux où s'élaborent les phénomènes conjoints de l'imagination et de la peur.


OÙ ROULES-TU, PETITE POMME?
Vienne en 1918-1919 : c'est le temps des fantômes. Les Autrichiens cherchent a oublier la défaite militaire et la chute de la monarchie des Habsbourg en se jetant à corps perdu dans un tourbillon de plaisirs rien moins que spontanés. L'ancien officier Georg Vittorin, lui, ne peut oublier l'humiliation que lui a fait subir Sélioukov, le commandant du camp de prisonniers russe où il a passé les derniers mois de la guerre. Il décide de retourner en Russie pour se venger. Une poursuite dramatique s'engage alors, qui lui fera traverser toute l'Union soviétique, le conduira à Constantinople, Milan et Paris jusqu'au jour où se produira le duel sans témoins qu'il appelle de ses vœux. Trois millions de lecteurs ont lu la première édition de ce roman, qui parut en 1928 en feuilleton dans le plus grand magazine du continent, la Berliner Illustrierte Zeitung, et dont le titre devint bientôt un véritable slogan exprimant l'incertitude et l'angoisse des gens devant l'avenir. Dans une lettre adressée à Perutz, Ian Fleming, le créateur de James Bond, écrivait en 1931, après avoir lu ce roman: "Si le terme de génie, si galvaudé, n'avait pas perdu depuis longtemps toute valeur et toute signification, j'aurais tout simplement qualifié ce livre de génial."

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