Méditations sur une 'guerre propre'
La Guerre du Golfe, 1991-1998



Paris, décembre 1998

On croit rêver : quand on analyse de près les gesticulations tant diplomatiques que militaires de la seule super-puissance mondiale face à l’Irak, soupçonné – à juste titre ? – d’avoir reconstitué son arsenal d’armes chimiques, biologiques, voire nucléaires, quand on songe à l’attitude intransigeante du pouvoir irakien face aux instances internationales (l'ONU et sa commission d’enquête – UNSCOM – sur les installations militaires irakiennes, etc.), on a vraiment l’impression d’un mauvais remake.
Que le président Clinton ait besoin en ce moment d’une opération de diversion qui lui permettrait de détourner l’attention de l’Américain de base – toujours prompt à endosser l’habit du gendarme du monde – de ses démêlés juridico-amoureux ne fait pas de doute. Que Saddam Hussein, qui a toujours pratiqué vis-à-vis de la communauté internationale une attitude provocatrice mêlée d’un brin de dédain, poussant toujours plus loin le bouchon pour voir jusqu’où il ne peut pas aller trop loin – sûr du soutien de l’opinion publique arabe ou de quelques autres alliés traditionnels (la Russie et, dans une moindre mesure, la France), que Saddam Hussein, donc, ne saurait être considéré comme un ange ne fait guère de doute non plus. Les guerres qu’il a menées par le passé (contre l’Iran, contre les Kurdes de son propre pays) ne laissent planer aucun doute sur le cynisme du personnage qui, alors, n’avait pas hésité à utiliser contre les Kurdes les armes chimiques qu’on lui reproche précisément de produire à nouveau aujourd'hui.
Il y a moins d'un an, le 18 février dernier, on a frôlé le déclenchement d'une deuxième guerre du Golfe. Dans la nuit du 16 au 17 décembre, les États-Unis et la Grande-Bretagne ont bombardé l'Irak. On ne peut s'empêcher de se dire que dans cette crise à répétition, depuis 1991, tous les protagonistes, de premier ou de second plan, ont montré leur incompétence relative, que ce soit l'ONU, les États-Unis ou l'Europe.
L'ONU d'abord, qui se montre incapable de réagir avec la rapidité et la fermeté nécessaire dans la gestion des conflits, quels qu'ils soient, et notamment dans la crise irakienne. Si les États-Unis se permettent de faire cavalier seul en se passant de l'aval de la communauté internationale, c'est aussi parce qu'il manque une instance dont les décisions, parce qu'elles seraient indiscutables et immédiates, s'imposeraient à tous.
Les USA ensuite, dont la pureté des intentions est plus que jamais douteuse quand on sait dans quel contexte politique cette opération s'est déroulée : même si personne n'est dupe quant à la nature du régime irakien actuel, on ne peut s'empêcher de se dire que le président de la seule "super-puissance" mondiale ne poursuit pas uniquement des objectifs très avouables et se sert de la menace d'un conflit armé, puis passe à l'acte pour tenter d'échapper à une procédure de destitution qui se précise de plus en plus à la suite d'un feuilleton de série B qui aurait pu faire sourire s'il n'était aussi affligeant. Aujourd'hui, on a l'impression que le gouvernement américain a provoqué des victimes simplement pour faire remonter la cote de popularité d'un président aux abois. Cette "option militaire" – l'euphémisme en dit long – a été décidée par les seuls États-Unis sur la foi d'un rapport de Richard Butler, chef des inspecteurs de l'UNSCOM, qui ne semble responsable que devant le président Clinton, lequel ne se sent même plus obligé de consulter la communauté internationale avant ses interventions, puisque même le Conseil de sécurité est informé des événements par des coups de fil extérieurs!... Les Américains avaient enfilé les habits du gendarme du monde, il y a 8 ans, ils s'y sont entre-temps si bien fait qu'ils prétendent incarner une sorte de "morale" internationale qui non seulement n'a plus besoin de l'aval des autres nations ou de l'ONU, mais prétend donner l'exemple. Et faire le bonheur des autres, au besoin contre leur gré : "L'objectif [des forces armées américaines] est de protéger nos intérets nationaux tout comme les intérêts des peuples du Proche-Orient et du reste du monde" (allocution de Bill Clinton, 16/12/1998, cité par Le Monde). On ne saurait mieux dire.
L'Europe enfin, qui semble toujours aussi inconsistante quand il s'agit d'exister sur la scène internationale – rien n'a changé, de ce point de vue, depuis la guerre en Yougoslavie – et qui ne peut donc représenter un contrepoids à la puissance américaine, sans compter qu'elle a dans ses rangs un pays qui, quelle que soit la couleur de son gouvernement, reste l'allié inconditionnel des USA. La France, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, proteste mollement, l'Allemagne n'en fait pas plus, et même si elle semble vouloir exister davantage que ces dernières années dans la politique mondiale, elle reste encore discrète et frileuse, au risque d'apparaître une fois encore, comme depuis 50 ans, le béni-oui-oui qui n'en peut mais et n'a d'autre choix que de se ranger aux côtés de la puissance tutélaire américaine.
Et au milieu de tout cela, on semble oublier la seule victime : le peuple irakien.
On sait que le but avoué de cette "guerre annoncée" – cette fois c'est "Renard du désert" – n'est en aucun cas une élimination physique de Saddam Hussein, et c'est l'une des hypocrisies les plus criantes de cette opération, puisque rien ne fait plus peur à l'administration américaine, comme en 1991 d'ailleurs, qu'une déstabilisation politique de l'Irak : le risque de chaos politique et militaire dont l'Irak serait la proie en cas de vacance du pouvoir est considéré comme plus inquiétant que la perpétuation du régime totalitaire actuel. Il n’est donc peut-être pas inutile, dans ces conditions, de se replonger dans le « film » de cette Guerre du Golfe du début des années 90 et que l’on avait qualifiée en son temps de «propre» parce que ses bombardements étaient prétendument des «frappes chirurgicales»... :

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Logique de paix?

Clausewitz définissait la guerre comme "la poursuite de la politique par d'autres moyens". Face à l'attitude intransigeante de l'Irak, la coalition s'opposant à Saddam Hussein et qui regroupait vingt-huit pays a lancé l'opération "Tempête du désert". La guerre du Golfe a commencé. Son objectif, défini par le Conseil de sécurité : la libération du Koweit par les moyens appropriés.

Forte de l'appui des Nations Unies et de la résolution 678 du Conseil de sécurité du 29 novembre 1990 qui l'autorise à utiliser la force contre l'Irak après le 15 janvier 1991 pour rétablir l'intégrité territoriale du Koweit, les Alliés semblent décidés à utiliser tous les moyens militaires dont dispose la gigantesque armada déployée en Arabie saoudite pour faire plier Saddam Hussein. L'embargo et les sanctions économiques décrétées par l'ONU sont rapidement oubliées. Depuis l'automne, les objectifs de la coalition ont évolué. Outre la libération du Koweit, les Alliés, et tout particulièrement les États-Unis, cherchent désormais à affaiblir, sinon à anéantir l'ennemi.

Le résultat de plus d'un mois de guerre aérienne et de quelques jours d'attaque terrestre est terrifiant : les Alliés ont massivement détruit le potentiel militaro-industriel de l'Irak et ses capacités offensives, en particulier les installations chimiques et nucléaires. De nombreuses villes ont été bombardées et l'armée de Saddam Hussein est en déroute : plus de cent mille raids aériens et quatre jours de combats acharnés ont provoqué la destruction de soixante-quinze pour cent des blindés irakiens, ainsi que la mise hors de combat de vingt-neuf divisions sur un total de quarante-deux. Sur le plan humain, les estimations des pertes irakiennes varient entre quelques dizaines de milliers et cent cinquante mille morts, sans compter les quelque quatre-vingt mille prisonniers.

L'ampleur de la victoire contre l'Irak est telle que le général Schwarzkopf, commandant en chef de l'opération baptisée "Tempête du désert", affirme lors d'un briefing : "Si nous l'avions voulu, nous aurions pu, sans difficulté, nous assurer le contrôle de l'Irak". Mais outre qu'une telle opération aurait mis à rude épreuve la cohésion de la coalition, qui regroupait des pays occidentaux comme la Grande-Bretagne et la France, mais aussi des pays arabes au premier rang desquels il faut citer l'Égypte et la Syrie, une telle décision aurait largement outrepassé le mandat donné par les Nations Unies.

Dès le départ, le but avoué des dirigeants américains était l'élimination de Saddam Hussein et de son régime. Nul ne peut dire encore s'il a été atteint. En revanche, il est clair que l'offensive militaire et les troubles qui se sont déclenchés dans le sud-est à majorité chiite et dans le nord à majorité kurde après la fin de la guerre sont en passe de déstabiliser le régime de Saddam Hussein. Or, un changement de pouvoir à Bagdad conduirait sans aucun doute à une refonte totale des équilibres stratégiques et politiques de la région. Toute la question est de savoir si les Alliés qui poursuivaient le même but de guerre sauront travailler de concert dans l'élaboration de la paix, alors que leurs intérêts, c'est un euphémisme, ne coïncident pas. Si la guerre a été relativement facile à commencer, elle sera beaucoup plus malaisée à terminer.

La première difficulté, bien sûr, est le sort qui sera réservé au principal intéressé du conflit, l'Irak lui-même. A cet égard, les intentions des Alliés, et des États-Unis en particulier, sont pour le moins assez floues, pour ne pas dire contradictoires. Première contradiction : Saddam Hussein est devenu aujourd'hui le Satan qu'il s'agit d'éliminer pour garantir la paix et la stabilité de la région et restaurer la souveraineté du Koweit, alors que l'Occident et les monarchies pétrolières du Golfe se sont servis de lui pendant huit ans comme d'un rempart contre le chiisme conquérant de l'Iran islamique. Le monde entier, alors, a fermé les yeux sur les atrocités commises par le régime, comme le gazage de ses propres populations kurdes. Deuxième contradiction : une fois "neutralisé", c'est-à-dire privé de son potentiel militaire, Saddam Hussein pourrait paradoxalement redevenir demain une carte intéressante pour les États-Unis qui craignent par-dessus tout l'instauration d'un régime d'obédience chiite sur le modèle de la République islamique iranienne ou la désagrégation de l'Irak à la suite de la guerre civile qui s'ébauche.

Se pose donc la question de la relève à Bagdad. Tout le monde sait que Saddam Hussein ne partira pas de lui-même et qu'il s'accrochera coûte que coûte à ce qui reste de son pouvoir, même si un exil en Algérie semble avoir été envisagé à un moment par le dirigeant irakien (1) – une rumeur rapidement démentie. Sur le plan militaire, trente divisions au nord du pays et autour de Bagdad ont échappé au massacre et restent fidèles à Saddam Hussein ; sur le plan politique, il peut s'appuyer sur le parti Baas qu'il a pris soin d'impliquer dans toutes les phases de sa politique concernant le Koweit.

A l'heure actuelle, personne ne voit vraiment d'alternative au régime en place : les Kurdes, au Nord, ne sont pas arabes et ne peuvent donc prétendre jouer seuls un rôle dans la restructuration du pouvoir à Bagdad. Par ailleurs, la communauté chiite, qui constitue l'autre pôle d'opposition en Irak, est elle-même divisée. Les partisans d'un alignement inconditionnel sur le régime iranien doivent faire face à l'opposition de chiites plus modérés, en particulier des intellectuels.

En tout état de cause, une alliance entre les Kurdes et les chiites pour la reprise du pouvoir en Irak effraie tout autant l'administration américaine que les dirigeants saoudiens qui préféreraient une relève militaire musclée à une déstabilisation ethnique et/ou religieuse.

Les monarchies pétrolières du Golfe, en particulier l'Arabie Saoudite et le Koweit, outre qu'elles redoutent les "dangers" d'une démocratisation de leurs propres régimes, craignent la contagion de la vague intégriste. Couplée au ressentiment des masses arabes, qui voient dans les potentats du Golfe à la fois le cheval de Troie de l'Occident et les représentants des pays riches, accusés d'entretenir le fossé qui sépare le Nord et le Sud – une opposition dont Saddam Hussein a su habilement tirer parti -, elle pourrait bien les menacer dans leur existence même.

C'est à ce double défi que la dynastie des Al Sabah va devoir faire face au Koweit. Malgré les promesses faites par l'émir avant le début de la guerre, malgré l'assurance donnée par le cheikh Saad el Abdallah al Sabah, prince héritier et chef du gouvernement koweitien, d'organiser des élections libres "dans les tout prochains mois" et malgré l'opposition koweitienne qui demande avec insistance la restauration du pluralisme politique dans l'émirat, il semble que la démocratisation du régime ne soit pas d'actualité puisque la loi martiale a été proclamée le 26 février, dès le retour du chef du gouvernement à Koweit.

Mais c'est l'ensemble de la région qui va subir des transformations profondes dues au conflit du Golfe. On peut à cet égard distinguer trois groupes dont la position pendant le conflit et les intérêts après la fin des hostilités divergent, mais qui pourraient, finalement, contribuer à instaurer un nouvel ordre régional et, partant, un nouvel ordre mondial si l'on garde à l'esprit qu'après la fin de la guerre froide, c'est cette région qui, par la complexité des problèmes qui s'y posent depuis bientôt cinquante ans, risque de devenir les Balkans du XXIe siècle.

D'abord, les voisins arabes de l'Irak, directement concernés – la Jordanie, la Syrie, le Liban et, bien que ne disposant pas d'un État, les Palestiniens. Ensuite, les voisins musulmans mais non arabes – l'Iran et la Turquie. Enfin et peut-être surtout Israël, qui n'a pas pris part directement au conflit et qui pourtant en subira probablement de plein fouet les conséquences à moyen et à long terme.

Pour le roi Hussein de Jordanie, la crise du Golfe a vraisemblablement constitué l'épreuve la plus dramatique depuis l'épisode tragique de Septembre noir. Face à une population constituée à soixante pour cent de Palestiniens qui, dès le début du conflit, ont fait de Saddam Hussein leur héros, face à une dépendance économique presque exclusive vis-à-vis de l'Irak, la position du souverain hachémite semblait plus que délicate au lendemain de l'invasion du Koweit par les troupes irakiennes. Son engagement total aux côtés de Saddam Hussein pouvait faire redouter de la part des monarchies du Golfe un douloureux retour du bâton qui s'est immédiatement traduit par la coupure des approvisionnements pétroliers et du soutien financier apportés par l'Arabie Saoudite, ce qui, avec l'embargo décrété contre l'Irak, a contribué à affaiblir l'économie du royaume.

Pourtant, malgré tous les prophètes de malheur qui voyaient la dynastie hachémite emportée dans la tourmente, le roi Hussein a tenu bon. Plus : au lendemain de la guerre, il devient même un élément essentiel du règlement de la crise, et tous les protagonistes, Israël y compris, le considèrent comme un maillon indispensable à l'équilibre régional. Le souverain hachémite peut donc se permettre au lendemain du conflit de prêcher la réconciliation arabe et d'ouvrir la porte à une coopération politique avec les Alliés, stigmatisés hier encore comme les fossoyeurs de la Nation arabe. Dans son discours du 1er mars 1991, le roi Hussein affirme que "la Jordanie garde ses bras ouverts pour tous ceux qui souhaitent établir des relations amicales basées sur le respect mutuel et la coopération". Il met en garde contre l'accroissement du fossé économique entre le Nord et le Sud, source d'instabilité politique et sociale, et prône la démocratie dans les pays arabes pour éviter à l'avenir les pièges des conflits militaires. S'adressant à l'Occident, il demande à la communauté internationale d'accorder au problème palestinien la même attention que celle dont elle a fait preuve à l'égard du Koweit.

Tout bien pesé, le roi Hussein tire son épingle du jeu en se posant en médiateur des pays arabes sans pour autant vouer l'Irak aux gémonies.

En Syrie, la situation est assez différente, ne serait-ce que parce que Hafez el-Assad a su dès le début faire "le bon choix": après avoir été considéré par les États-Unis et bon nombre de pays occidentaux comme un État terroriste – on l'a accusé en particulier d'avoir commandité l'attentat contre le Boeing de la Pan Am qui s'est écrasé à Lockerbee -, son engagement militaire et politique aux côtés des Alliés lui vaut au lendemain de la guerre du Golfe d'être considéré à nouveau comme "fréquentable". La Syrie en tire un triple profit : elle prend une revanche sur son frère ennemi, l'Irak, elle retrouve une respectabilité internationale qu'elle avait perdue et elle a les mains libres au Liban – avec ou sans l'accord tacite des États-Unis.

Ce revirement de Hafez el-Assad s'explique aisément. Contrairement à Saddam Hussein, il avait en effet compris que l'après-guerre froide ne lui assurait plus le soutien économique, politique et militaire de l'URSS, plus préoccupée par ses problèmes intérieurs. D'où un changement d'appréciation de la situation politique et stratégique de son pays.

Fort de l'aura que lui donne sa participation active à l'écrasement de Saddam Hussein, Hafez el-Assad ne manquera pas de faire valoir ses revendications, au premier rang desquelles l'évacuation de tous les territoires occupés par Israël depuis 1967, et en particulier des hauteurs du Golan. Si l'on songe que la Syrie est elle aussi un élément incontournable dans un règlement des problèmes de la région, on est fondé à penser que cet objectif n'est plus aussi utopique qu'il y a encore quelques semaines. En outre, le fin politique qu'est Hafez el-Assad saura se montrer souple à l'égard d'Israël : lors de la visite effectuée à Damas, fin février, par le ministre allemand des Affaires étrangères, Genscher, la Syrie a évoqué la possibilité d'une reconnaissance par Damas du droit à l'existence d'Israël. De ce point de vue, la balle semble être dans le camp d'Itzhak Shamir.

Le chef du gouvernement israélien et Hafez el-Assad se retrouvent d'ailleurs confrontés à des problèmes analogues au Liban, qui risque bien de faire les frais d'un éventuel règlement du conflit israélo-arabe. En effet, le Liban subit actuellement une double occupation : syrienne au nord et israélienne au sud. La solution de la crise libanaise passe obligatoirement par celle du problème palestinien et par la limitation des appétits syriens. Le Liban ne peut malheureusement attendre aucune aide des États-Unis qui, depuis l'échec retentissant de la force d'interposition occidentale, en 1983, refusent d'intervenir au Liban. Ce pays est, avec les Palestiniens, l'un des principaux perdants de la crise.

Si l'on en croit Bernard Lewis, ancien professeur d'histoire à l'université de Princeton, "les dirigeants palestiniens ont, pendant plus d'un demi-siècle, avec une extraordinaire constance, choisi toujours le mauvais camp. Pendant la Seconde Guerre mondiale, ils étaient pour l'Axe ; pendant la guerre froide, pour les Soviétiques, et maintenant, ils ont pris fait et cause pour Saddam Hussein" (2) , ce que le président Bush exprime à sa manière : "Les Palestiniens ont misé sur le mauvais cheval" (3) . Il s'agit là d'une erreur lourde de conséquences pour l'OLP et le peuple palestinien tout entier qui se retrouvent tous deux dans le camp des vaincus. En soutenant de façon aussi catégorique le dictateur irakien avant même que celui-ci ne lie son invasion du Koweit au sort des Palestiniens dans les territoires occupés, Yasser Arafat a dilapidé le capital de sympathie accumulé dans l'opinion publique internationale par les Palestiniens depuis le début de la guerre des pierres et la stratégie d'acceptation de l'existence d'Israël et de dialogue amorcée en 1988 à Alger. A cet égard, le spectacle des Palestiniens applaudissant, dans les territoires occupés, chaque missile Scud qui tombait sur Tel-Aviv a eu un effet désastreux sur l'opinion publique israélienne et a provoqué la consternation des milieux politiques de l'État hébreu qui oeuvraient pour une réconciliation entre les deux peuples.

Quelques facteurs jouent néanmoins en faveur de l'OLP. Tout d'abord, la centrale palestinienne de Yasser Arafat n'a pas de rival sérieux qui puisse être considéré comme un interlocuteur représentatif par les parties prenantes. Par ailleurs, les États-Unis semblent décidés à vouloir régler le conflit israélo-palestinien à la faveur de la situation d'après-crise et d'un environnement international qui ne se retrouvera pas de sitôt.

En outre, les Palestiniens sauront à n'en pas douter exploiter une situation dans laquelle les Occidentaux sont pour ainsi dire tenus d'apporter la preuve, après l'écrasement de l'Irak au nom du droit international, qu'ils ne pratiquent pas "deux poids, deux mesures". Pour ce faire, les Américains devront s'employer à convaincre Israël que l'attentisme, voire l'immobilisme dans lequel il s'est confiné depuis trois ans n'est plus de mise. C'est ce que le secrétaire d'État James Baker a tenté de faire au cours de sa visite à Jérusalem les 11 et 12 mars 1991 où, tout en affirmant ne pas vouloir "exercer des pressions" sur Israël, il a tenté de convaincre ses interlocuteurs que l'après-crise du Golfe constituait une chance pour la restauration de la paix et de la stabilité dans la région. L'espoir des Américains est que les autres pays arabes, et au premier chef la Syrie et la Jordanie, se rallient à une solution de type égyptien qui permettrait la coexistence pacifique de tous les États du Proche-Orient.

Cependant, Itzhak Shamir, qui campe sur des positions de plus en plus intransigeantes à mesure que la pression extérieure augmente, refuse d'entendre parler de l'OLP, ce qui risque de poser un problème quasi insoluble si les États-Unis persistent dans leur volonté de mettre en parallèle la question palestinienne, la sécurité d'Israël et des concessions territoriales auxquelles l'État hébreu n'a jamais consenti depuis plus de vingt ans. La souplesse constatée par James Baker chez tous les interlocuteurs arabes rencontrés au cours de son périple au Proche-Orient ne semble pas avoir d'écho en Israël. Certes, les États-Unis refusent toujours d'établir un lien entre les problèmes du Golfe et la question des territoires occupés par Israël, mais la position américaine a considérablement évolué depuis la reddition de l'Irak. James Baker n'est pas partisan d'un statu quo au Proche-Orient et considère que la fin de la crise du Golfe constitue une "occasion historique" de mettre à plat tous les problèmes de la région, reprenant ainsi les propos tenus par le président Bush devant le Congrès américain le 6 mars 1991 qui affirmait que "le temps est venu de mettre fin au conflit israélo-arabe". La dette contractée par les États-Unis à l'égard des pays arabes qui les ont soutenus au cours de la guerre du Golfe n'est probablement pas étrangère à ces prises de position qui inquiètent les dirigeants israéliens.

La fin du conflit dans le Golfe suscite donc des sentiments mitigés au sein de la classe politique israélienne, partagée entre la satisfaction et les craintes pour l'avenir. Pourtant, Israël n'aborde pas complètement démuni les négociations qui s'annoncent. En effet, l'État hébreu a su déjouer le piège de la participation directe au conflit dans lequel Saddam Hussein a tenté de l'entraîner en tirant ses missiles Scud sur le sol israélien. Cette attitude, en contradiction totale avec tous les principes de la politique israélienne depuis la fondation de l'État hébreu, à savoir assurer quoi qu'il arrive sa propre défense, permettra au gouvernement d'Itzhak Shamir de demander aux États-Unis les dividendes de ce "sacrifice", sur le plan politique et économique.

Ceci prouve donc s'il en était besoin qu'il n'est pas nécessaire de participer aux combats pour bénéficier des retombées positives de la guerre : en restant spectateur dans ce conflit, Israël a obtenu à moindres frais la défaite de l'Irak et le démantèlement de son potentiel militaro-industriel, éliminant ainsi à long terme le danger qu'il représentait pour sa sécurité. Par ailleurs, l'OLP s'étant discrédité par son soutien inconditionnel à l'Irak, Israël peut considérer que son adversaire aborde cette phase en position de faiblesse. Enfin – et ce n'est pas la conséquence la moins paradoxale -, ce conflit a permis à Israël de se trouver par États-Unis interposés du même côté que ses ennemis d'hier (l'Arabie Saoudite, la Jordanie et la Syrie).

Tous ces éléments permettent de penser que de nouvelles perspectives s'ouvrent au Proche-Orient, d'une part si Israël ne se montre pas trop intransigeant, et d'autre part si les États arabes de la région laissent au vestiaire les positions idéologiques qui, jusqu'à présent, ont toujours bloqué toute possibilité d'évolution du conflit.

Deux autres pays, musulmans ceux-là, et restés eux aussi à l'écart du conflit militaire, même s'ils ont respecté les sanctions décrétées par les Nations Unies à l'encontre de l'Irak, peuvent espérer, à des titres divers, pouvoir engranger les bénéfices de leur stratégie diplomatique : la Turquie et l'Iran.

En respectant à la lettre les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU et en ouvrant ses bases militaires aux forces américaines, la Turquie s'est placée politiquement en position de créancier de l'Occident. Cette attitude lui permet d'espérer une aide économique accrue des États-Unis, car elle est, avec la Jordanie, le pays qui a le plus souffert des sanctions économiques imposées à Saddam Hussein. Politiquement, sa position lui donne en outre de solides arguments pour appuyer sa candidature à l'adhésion à la Communauté européenne.

La crise du Golfe aura par ailleurs fait avancer l'un des problèmes de politique intérieure les plus épineux du pays : la question kurde. Si Ankara se refuse toujours à reconnaître une quelconque souveraineté aux Kurdes vivant sur son territoire et à accepter l'idée d'une indépendance du Kurdistan irakien, elle a toutefois accepté de reconnaître la spécificité de cette communauté installée sur un territoire qui s'étend sur quatre autres pays de la région : l' Iran, l' Irak, la Syrie et l'Union soviétique.

Observant avec quelque inquiétude la montée en puissance de l'Iran dans la région depuis la crise du Golfe, la Turquie est bien décidée à ne pas lui laisser le champ libre. Les deux pays, de même que la Syrie, pourraient élever des revendications territoriales sur l'Irak et être tentés de se "partager les dépouilles" après le départ éventuel de Saddam Hussein.

L'Iran, pour sa part, sans participer à la guerre, a déployé une intense activité diplomatique. La République islamique n'entend pas être exclue du règlement de paix dans la région et ne manque pas une occasion de le rappeler, par exemple en protestant contre la constitution d'une force de paix arabe qui réunit les six pays du Conseil de coopération du Golfe (4) ainsi que l'Égypte et la Syrie, et dont la mission essentielle consistera à se substituer à la Ligue arabe défaillante.

Téhéran peut en effet se considérer comme l'un des grands vainqueurs d'un conflit qui n'était pas le sien et qui lui a rapporté des bénéfices politiques et territoriaux inespérés : à la faveur de la crise du Golfe, l'Iran a pu récupérer tout ce que la guerre contre l'Irak lui avait fait perdre, mais sans la moindre contrepartie. Téhéran n'avait pas l'intention d'annihiler plusieurs années d'efforts déployés en vue de se rapprocher de l'Occident et de sortir de l'isolement diplomatique que lui avaient valu les excès de la Révolution islamique pour se ranger aux côtés d'un allié imprévisible et toujours aussi détesté que l'Irak.

Cette attitude permet désormais à l'Iran de se présenter en position d'arbitre sans lequel aucune solution globale n'est possible, tout en veillant à ne pas apparaître trop lié au "Satan" américain. De plus, la reprise des relations diplomatiques avec l'Arabie Saoudite, interrompues en 1987 après le massacre de plusieurs centaines de pèlerins iraniens à La Mecque par les forces de l'ordre saoudiennes, ouvre la voie à une normalisation totale des relations de l'Iran avec le monde arabe. Si l'on songe que l'ayatollah Khomeiny envisageait plus aisément de se réconcilier avec l'Irak qu'avec l'Arabie Saoudite, on mesure le chemin parcouru par la diplomatie iranienne depuis la mort de son guide spirituel.

Un nouvel ordre régional est donc sur le point de naître en Orient. La difficulté essentielle est que cette région, tout au long de son histoire, n'a jamais vécu en paix que sous domination étrangère (que ce soit celle de l'Empire ottoman ou des puissances mandataires, par exemple), et qu'une dictature ne s'effaçait que pour laisser la place à un autre régime fort. Les intérêts divergents des parties prenantes ne faciliteront pas la tâche. A cet égard, la France et la Grande-Bretagne, fortes de leur passé dans la région, doivent peut-être coopérer pour éviter une hégémonie américaine qui, comme le fait remarquer Maurice Duverger (5) , prendrait la relève de la coexistence des deux Grands avant la guerre du Golfe.

Ce nouvel ordre régional qui s'esquisse au Proche et au Moyen-Orient est-il susceptible de déboucher sur un nouvel ordre mondial? Oui, si l'on en croit George Bush pour qui la "juste guerre" menée par la coalition doit déboucher sur un "nouvel ordre mondial où le règne de la loi et non la loi de la jungle gouverne la conduite des nations" (6). Cette nouvelle donne internationale dépendra du rôle qui sera dévolu aux principaux acteurs que sont les États-Unis et l'URSS, et, dans une moindre mesure, l'Europe et l'ONU.

Comme l'a constaté le président Bush au cours de sa conférence de presse du 1er mars 1991, la guerre du Golfe a permis aux États-Unis "d'enterrer le syndrome du Vietnam". L'administration américaine profitera-t-elle de son éclatante victoire militaire pour imposer au monde une pax americana ou se montrera-t-elle sous les traits d'une grande puissance "humble", pour reprendre l'expression de l'ancien Premier ministre japonais Nakasone, en se rangeant sous la bannière de l'ONU? On est en droit de se demander si les États-Unis ne sont pas en passe de jouer le rôle de "gendarmes du monde" omniprésents. Certes, il leur manque pour cela un facteur essentiel : la capacité financière. Le conflit du Golfe aura montré à quel point les États-Unis sont dépendants financièrement de leurs bailleurs de fonds traditionnels : l'Allemagne, le Japon et les monarchies pétrolières. Mais, comme le constate André Fontaine (7) , les États-Unis ont tendance "à décréter que le monde est devenu monopolaire" après l'effacement relatif de l'URSS sur la scène internationale. Le président Roosevelt notait déjà au lendemain de la Seconde Guerre mondiale que les États-Unis seraient "la seule grande puissance qui puisse maintenir la paix dans le monde".

L'URSS, en effet, s'est cantonnée dans le rôle de l'allié fidèle jouant la carte de l'ONU et n'intervenant dans le conflit que fort tardivement, et uniquement sur le plan diplomatique. Le revirement spectaculaire de la politique soviétique à l'égard des Nations Unies a probablement deux raisons : d'une part, les Soviétiques ne voulaient pas heurter les Occidentaux, qui leur apportent une aide matérielle considérable en ces temps troublés, et d'autre part, Moscou voulait ainsi convaincre l'Occident de fermer les yeux sur la situation balte. L'attitude de l'Union soviétique vis-à-vis des États-Unis aura été déterminante, car sans la fin de la guerre froide et l'appui du Kremlin, les États-Unis n'auraient jamais pu mener une campagne militaire de cette ampleur qui les a obligés à dégarnir militairement l'Europe pour transférer ces troupes au Moyen-Orient.

Pourtant, l'URSS semble bien décidée à continuer de jouer son propre jeu. Il suffit de rappeler la présence "tardive" de conseillers militaires soviétiques à Bagdad ou les différents plans de paix pour lesquels Michaïl Gorbatchev n'a pas ménagé ses efforts et qui lui rapportent, malgré leur échec, un bénéfice politique évident, à l'intérieur comme à l'extérieur : il apparaît aux yeux des Républiques musulmanes d'Asie centrale soviétique et à l'ensemble du monde islamique comme celui qui aura tenté jusqu'au dernier moment d'éviter le pire et de sauver ce qui pouvait l'être en Irak. Gageons que les masses arabes sauront s'en souvenir.

L'abandon par l'Union soviétique d'une politique d'opposition systématique dans les instances internationales, et en particulier au Conseil de sécurité des Nations Unies aura permis à l'ONU d'assumer enfin, après plus de quarante ans d'existence, le rôle que lui avaient dévolu ses pères fondateurs et qui devait trancher sur l'impuissance de la défunte Société des nations. En poussant l'ONU et le Conseil de sécurité à réagir rapidement et fermement à l'invasion du Koweit, les États-Unis ont permis aux Nations Unies de prendre une nouvelle dimension et d'assumer à l'avenir un rôle accru.

La guerre, ultime extrémité, a été dans ce cas de figure le moyen nécessaire pour rétablir le droit. Mais l'ONU ne pouvait assumer ce rôle qu'en ayant les moyens militaires d'imposer les décisions prises en son sein. Qui peut dire si les Nations Unies disposeront demain aussi d'un bras armé aussi efficace? Toutefois, une conséquence certaine de la crise du Golfe sera que toutes les résolutions de l'ONU devraient avoir désormais force de loi, y compris celle concernant par exemple Israël et la question palestinienne.

Pourtant, la composition actuelle du Conseil de sécurité ne reflète plus, tant s'en faut, la réalité politique du monde et les rapports de force qui le régissent : l'URSS, en raison de sa situation intérieure et des changements intervenus depuis l'émancipation des anciens pays de l'Est ne joue plus sur la scène internationale le rôle qui fut le sien depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La Grande-Bretagne et la France, maintenues au rang de puissances mondiales par la grâce de leur potentiel nucléaire, ne sont plus les Empires d'autrefois. En revanche, les vaincus de 1945, l'Allemagne et le Japon, géants économiques et nains politiques, bailleurs de fonds internationaux sans qui la guerre du Golfe n'aurait pas eu lieu dans les mêmes conditions, ne siègent pas au Conseil.

Pour l'Europe, enfin, et tout particulièrement pour la Communauté des Douze, la crise du Golfe aura constitué une épreuve cruelle. Tandis que les États-Unis intervenaient directement dans le conflit, l'Europe a étalé ses divisions politiques. Elle ne dispose pas des moyens diplomatiques et militaires nécessaires pour élaborer une politique étrangère commune cohérente ou engager une intervention armée. Le rôle de l'Europe n'est même pas mentionné quand il est question du nouvel ordre mondial à venir. Pourtant, dans la crise traversée actuellement par le monde arabe, l'Europe a un rôle à jouer car elle entretient des liens privilégiés avec les pays du Maghreb : en raison de la distance géographique qui les sépare du Proche-Orient, ceux-ci se tournent plus activement vers l'Europe dont ils sont économiquement très dépendants et avec laquelle ils constituent en quelque sorte une communauté de destin. Pour le Maghreb, il n'existe pas d'alternative viable à une coopération étroite avec la France et, à travers elle, avec la CEE.

Pour le reste du monde arabe, l'aventure koweitienne de Saddam Hussein se révèle catastrophique :

Sur le plan matériel, l'Irak est en grande partie détruit, le Koweit dévasté et l'Arabie Saoudite est contrainte d'emprunter sur les marchés financiers internationaux pour la première fois depuis vingt-cinq ans.

Sur le plan politique, la désillusion est cruelle : les Occidentaux et les États-Unis sont vraisemblablement présents pour longtemps dans la région. L'autonomie de décision des pays arabes, si soucieux de leur indépendance, s'en trouvera largement réduite, et les premiers à en souffrir seront à n'en pas douter les monarchies du Golfe qui craignent le risque de déstabilisation que constitue pour leurs régimes l'influence exercée par la présence occidentale sur leur sol. L'unité arabe, moribonde avant le conflit, n'est plus que l'ombre d'elle-même. La crise du Golfe aura fait voler en éclat le mythe de la Nation arabe : l'Égypte et la Syrie se trouvaient dans le camp des Alliés, le Maghreb était absent, l'OLP, enfin sort affaiblie par son alignement sur Bagdad.

Sur le plan religieux, l'image de l'islam est profondément altérée dans le monde. Comme le constate la presse d’outre-Rhin, l'image traditionnelle de l'ennemi, en Occident, celle du péril communiste et soviétique, cède la place au danger musulman, et arabe en particulier (8). Outre que le Coran est désormais associé dans l'esprit des gens au djihad, celui-ci montre une fois de plus qu'il se retourne presque toujours contre celui qui l'a lancé et contribue à dresser les musulmans les uns contre les autres. C'est donc un facteur de division.

Dans la société, enfin, l'impossibilité dans laquelle semble se trouver le monde arabe de constituer des régimes démocratiques se solde paradoxalement par un retour aux valeurs religieuses et par l'exaltation de "l'homme providentiel", du héros arabe qui humilie ses ennemis. L'image que l'Occident donne de lui-même, celle de pays proclamant leur attachement au droit pour le Koweit et qui n'ont jamais réussi à imposer l'application de la résolution 242 des Nations Unies dans les territoires occupés par Israël, ne peut que renforcer cette tendance. La Nation arabe ayant fait la preuve de son inexistence, l'islam est considéré par beaucoup comme le seul ciment capable de maintenir la cohésion des pays arabes. Les problèmes essentiels qui devront trouver une solution si l'on veut échapper à cette spirale sont la question palestinienne, la souveraineté du Liban et une plus juste distribution des richesses dans le monde arabe.

Plus qu'un nouvel ordre international, c'est un désordre généralisé qui est sur le point d'émerger. A l'ordre reposant sur la terreur nucléaire (celui de la guerre froide) et qui avait l'avantage de définir clairement et les protagonistes éventuels – les deux blocs – et les risques potentiels – une guerre mondiale – succède un désordre où la multiplicité des foyers de crise et des centres de décision est susceptible de déclencher à tout moment des conflits généralisés.

Éviter pareille catastrophe est un défi que la communauté internationale se doit de relever. Le règlement de la crise du Golfe est peut-être une occasion inespérée et salutaire d'exorciser ces dangers.

Paris, 28 février – 15 mars 1991
© Jean-Claude Capèle, 1991 et 1998


Notes
  1. Le Monde, 2 et 5 mars 1991.
  2. La dernière chance de la paix, Libération, 14 mars 1991.
  3. La dernière chance de la paix, Libération, 14 mars 1991.
  4. L'Arabie Saoudite, le Koweit, les Émirats arabes unis, le Qatar, Oman et Bahrein.
  5. Les gendarmes du Conseil de sécurité, Le Monde, 22 février 1991.
  6. Time Magazine, 28 janvier 1991.
  7. Retrouver l'Europe, Le Monde, 8 mars 1991.
  8. W. Köhler, Heiliger Krieg und gerechter Krieg, Frankfurter Allgemeine Zeitung, 6 février 1991.
Bibliographie
  1. Peter SCHOLL-LATOUR, Les Guerriers d'Allah, traduit de l'allemand par J.-C. Capèle, Presses de la Cité, 1986
  2. Peter SCHOLL-LATOUR, Le Glaive de l'Islam, traduit de l'allemand par J.-C. Capèle, Presses de la Cité, 1991

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